Tuesday, February 26, 2013

Sur la fictionnalisation théâtrale et cinématographique de la Shoah

La Shoah. Théâtre et cinéma aux limites de la représentation
Sous la direction d'Alain Kleinberger et de Philippe Mesnard
Éditions Kimé, coll. "Entre Histoire et Mémoire"), Paris, 2013, 592 pp.
ISBN : 9782841746071.


Présentation de l'éditeur

Au-delà des polémiques sur l’irreprésentabilité de la Shoah, les contributeurs de ce volume – parmi les plus grands spécialistes de la question – se sont interrogés sur les possibilités techniques, esthétiques et éthiques que recèle la fiction dès lors qu’elle aborde un tel sujet. Chaque intervenant livre une étude d’une ou de plusieurs oeuvres sur une période qui s’étend de la fin de la guerre jusqu’aux années 2000, du noir & blanc des années 1940 aux téléfilms actuels. S’il n’est pas un débat ou une tendance critiques sur la représentation de ce génocide qui ne soit abordé, l’originalité de cet ouvrage ne s’arrête pas là. Pour mieux comprendre les ressources et les enjeux du cinéma confronté à cet événement réputé intraitable, il a fallu faire intervenir le théâtre et sa science immémoriale de la cruauté sur scène. En cela, ce volume est sans précédent.

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Malgré le discrédit dont ils sont l’objet, au moins en France depuis le célèbre article de Jacques Rivette sur le travelling de Kapo (1961) et en dépit des avertissements répétés d’une grande partie de la critique et des intellectuels depuis Shoah (1985), les films de fiction qui évoquent le sort des Juifs durant la Seconde Guerre, ou qui mettent en scène les épisodes du génocide, se sont multipliés. Le département cinéma de Yad Vashem à Jérusalem recensait déjà plus de 1 100 films, tous genres confondus, réalisés entre 1985 et 1995. Si une partie de cette production relève du documentaire, les fictions proprement dites destinées soit à la télévision, soit aux salles demeurent importantes en nombre et sont souvent remarquées. Sans présumer de la constitution éventuelle d’un nouveau « genre cinématographique », la Shoah à n’en pas douter est un véritable sujet de représentation. La plupart du temps, les vagues filmiques arrivent des États-Unis, mais elles proviennent aussi du Royaume-Uni, d’Allemagne, d’Israël, des pays de l’Est, et la France n’est pas en reste.
Quand il s’agit de représenter directement la persécution et l’assassinat des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, leur sujet se définit clairement. Mais il déborde souvent ce cadre strictement factuel avec des productions qui traitent plus spécifiquement des camps de concentration nazis (et non plus de l’extermination des Juifs) ou de certains moments du nazisme difficilement séparables du projet génocidaire. Il est plus difficile à percevoir encore quand ces films semblent n’aborder la question que de façon allusive ou périphérique.
Enfin, autre facteur de brouillage, on constate depuis les années 1990, la recrudescence de documentaires qui admettent des scènes de fiction soulignant par là même combien les frontières esthétiques et génériques sont poreuses. Sur le plan de la représentation, la part du théâtre est de moins en moins congrue. S’il y avait déjà un certain nombre de scénarios qui puisait leur source dans des oeuvres dramatiques, on s’aperçoit que, parallèlement au cinéma, le sujet est abordé sur la scène de façon récurrente.
La fictionnalisation de la Shoah est une question doublement critique, désormais présente, sinon incontournable dans et pour notre culture. Doublement critique, d’une part, au regard d’une violence dont la radicalité et le projet mêmes ont dépassé l’imagination, y compris l’imagination de la violence extrême et, d’autre part, par l’histoire polémique qui en accompagne et, parfois, conditionne la réception.
À quelles exigences historiques, mémorielles, éthiques, de société les fictions sur la Shoah viennentelle répondre ?



Présentation.................................................................................................9

REPRÉSENTATIONS, ADAPTATIONS, FICTIONS
Omer Bartov – Le « Juif » au cinéma :
du Golem à Don’t Touch My Holocaust....................................................45

Susan Rubin Suleiman –
Que veut dire « Respecter l’histoire de la Shoah » au cinéma ?
Réflexions sur Inglourious Basterds..........................................................69

Magali Chiappone-Lucchesi – Palimpseste historique :
du Vicaire de Rolf Hochhuth à Amen de Costa-Gavras............................89

QUESTIONNEMENTS CONTEMPORAINS

Antoine de Baecque – Godard et la Shoah............................................105

Jean-Michel Frodon – La Shoah comme discriminant esthétique............125

Stéphane Bou : Autour de
La Question humaine de Nicolas Klotz..................................................136

Matthias Steinle – « Nous avons tous souffert » : l’usage des signes
de la Shoah dans les docufictions allemands contemporains....................156

Charlotte Bouteille-Meister – Jouer (à) Auschwitz
ou la valeur cognitive et éthique d’un théâtre d’« effigies »......................175

Christian Biet – The fiend of / in Bucky’s life :
Le démon, la nemesis, le destin, Auschwitz ?.........................................196

ARCHIVES, DOCUMENTAIRES OU FICTIONS ?

Luba Jurgenson – Hitler donne une ville aux Juifs : le camp
de Terezin (Theresienstadt), la part du caché, la part du révélé..............207

Philippe Mesnard – Fiction, dispositif fictionnel
et fictivité à l’épreuve des Sonderkommandos......................................233

Annette Becker – Devenir Karski : l’usage des interviews filmées.........263

Ariel Schweitzer – Les Illégaux de Meyer Levin :
témoigner et fictionnaliser....................................................................292

DES FICTIONS « NATIONALES » OU POLITIQUES ?

Alain Kleinberger – La Dernière Étape en perspective........................303

Frank Stern – Les Juifs « réellement existants »
dans les films de la DEFA .................................................................336

Anny Dayan Rosenman – Monsieur Klein de Joseph Losey.
La rafle du Vel d’Hiv entre apologue et Histoire.................................355

Millicent Marcus – Le cinéma italien
et la mémoire de l’Holocauste...........................................................368

Élisabeth Angel-Perez – La scène traumatique de Sarah Kane...........387

Catherine Coquio – Être sans destin, le film :
une « question difficile »....................................................................402

SHOAH (CLAUDE LANZMANN, 1985)

Jean-Pierre Esquenazi – Shoah et la résistance..................................437

Éric Marty – Aktion und Tat / Action et Acte
dans Shoah de Claude Lanzmann......................................................447

Rémy Besson – Shoah, documentaire,
oeuvre d’art et fiction du réel.............................................................467

Bibliographie / sitographie..................................................................487
Filmographie......................................................................................509
Théâtrographie...................................................................................519
Présentation des auteurs.....................................................................521
Index.................................................................................................527
Remerciements...................................................................................543

Alain Kleinberger, maître de conférences HDR en études cinématographiques (Université Paris- Ouest Nanterre la Défense). Auteur d’une vingtaine d’articles de référence, il publie à l’automne The Dark deadline (Editions Kimé, 2013, 200 pp. ISBN : 978-2841746163) un essai sur le cinéma et la Shoah [Date de parution: 18 mars 2013]

Philippe Mesnard est professeur de littérature générale et comparée (UBP Clermont-Ferrand 2) et directeur de la Fondation Auschwitz à Bruxelles. Depuis vingt ans, il consacre ses recherches aux questions testimoniales et mémorielles en littérature, théâtre et cinéma. Parmi ses livres : Primo Levi. Le passage d’un témoin, Fayard, 2012 (Prix de l’Académie française 2012 ; Prix biographie Le Point 2012) ; Témoignage en résistance, Stock, 2007 ; Consciences de la Shoah, Kimé, 2000.





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Para mayor información acceder a:

FONDATION AUSCHWITZ – MÉMOIRE D’AUSCHWITZ ASBL
Fondation d'Utilité publique – Centre d'Études et de Documentation
http://www.auschwitz.be/index.php?option=com_content&view=article&id=164&Itemid=1

J.C.G.

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